Histoire du collodion humide : de Le Gray à Archer, et après

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Photo héro historique — Une œuvre majeure du XIXe siècle au collodion humide, libre de droits. Idéalement une marine de Gustave Le Gray (« Brick au clair de lune » ou similaire) ou une photographie de la mission héliographique. À sourcer dans BnF Gallica, George Eastman House, Library of Congress.

Statut : À SOURCER

L’histoire du collodion humide tient en peu de pages — moins de quatre décennies d’âge d’or, du milieu du XIXe siècle au début des années 1880 — mais elle concentre tout ce que l’invention photographique a connu de générosité, de polémique et de tragédie. Deux hommes la portent au début : un sculpteur britannique d’origine modeste, Frederick Scott Archer, et un peintre-photographe parisien aux ambitions artistiques affirmées, Gustave Le Gray. Ils mourront tous deux dans la pauvreté ou le bannissement, après avoir ouvert au monde un procédé qu’ils n’ont ni l’un ni l’autre voulu breveter.

Cette page propose une mise au point complète sur cette histoire : de la chimie de 1846 qui a permis l’invention, à la double publication de 1850-1851 et à sa querelle de paternité, à l’âge d’or commercial de 1855 à 1880, au déclin face aux plaques sèches, et à la renaissance contemporaine du procédé depuis les années 1990.

Avant le collodion : la chimie qui rend tout possible

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Image historique — Daguerréotype et calotype côte à côte (libres de droits, sourcés en collections muséales). Légendes mentionnant les inventeurs : Daguerre 1839, Talbot 1841. Pédagogique.

Statut : À SOURCER

L’invention de la photographie est officiellement annoncée en 1839, à Paris, par Louis-Jacques-Mandé Daguerre — son procédé du daguerréotype produit une image positive sur plaque de cuivre argenté, d’une netteté remarquable mais non duplicable, et d’un rendu réfléchissant qui demande à incliner l’objet pour voir l’image. La même année, à Londres, le savant William Henry Fox Talbot annonce son procédé du calotype, qui produit un négatif sur papier — duplicable en plusieurs tirages, mais entaché d’une texture du papier qui en limite la finesse.

Pendant une décennie, ces deux procédés se partagent le terrain photographique. Le daguerréotype, prestigieux mais cher et unique. Le calotype, reproductible mais flou. La quête, pour les inventeurs des années 1840, est de combiner les deux qualités : la netteté du daguerréotype, la reproductibilité du calotype, sur un support qui ne soit ni du métal réfléchissant ni du papier texturé.

La solution viendra d’une chimie née pour d’autres usages. En 1846, le chimiste suisse Christian Friedrich Schönbein découvre le coton-poudre (ou fulmicoton, ou nitrocellulose) en plongeant du coton dans un mélange d’acides nitrique et sulfurique. La même année, ou peu après, le chimiste américain Maynard de Boston dissout cette nitrocellulose dans un mélange d’éther et d’alcool : il obtient un liquide visqueux, transparent, qui durcit en séchant en formant un film fin et imperméable. Il appelle cette substance collodion, du grec kollodes, « adhésif ». L’usage premier est médical — le collodion sert à recouvrir les plaies pour former un pansement souple. Personne, à ce stade, ne pense encore à la photographie.

1850-1851 : l’invention double

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Reproduction de page de couverture — Traité pratique de photographie sur papier et sur verre de Gustave Le Gray (1850), conservé à la BnF, libre de droits. ET/OU article d’Archer dans The Chemist (mars 1851). Documents historiques sourcés.

Statut : À SOURCER

Le Gray, juin 1850 : l’intuition publiée en appendice

Le 1er juin 1850, Gustave Le Gray (1820-1884) publie à Paris, chez l’éditeur Baillière, un opuscule de 43 pages intitulé Traité pratique de photographie sur papier et sur verre. Le titre annonce l’ambition : couvrir l’ensemble des supports possibles. Dans le corps du texte, Le Gray traite essentiellement du papier ciré, son procédé de prédilection. Mais en appendice, en quelques paragraphes serrés, il évoque pour la première fois publiquement l’usage du collodion comme support de l’émulsion sur verre.

La mention est concise mais explicite. Le Gray indique avoir substitué du collodion à l’albumine — l’autre liant alors utilisé pour fixer les sels d’argent au verre — et obtenu de meilleurs résultats. Sa formulation, telle que la rapporte la BnF, est sans ambiguïté sur l’antériorité française du procédé. Mais Le Gray ne le perfectionne pas. Convaincu que « le verre est une fausse route » et que « l’avenir de la photographie est tout entier dans le papier », il retourne à ses recherches sur le négatif au papier ciré sec, qui aboutiront en 1851. Il écrira plus tard : « Les Anglais ont mis en pratique ce procédé, et réussissent parfaitement dans son emploi. »

Archer, mars 1851 : la publication complète et reproductible

Pendant ce temps, à Londres, Frederick Scott Archer (1813-1857), sculpteur portraitiste de profession, expérimente le collodion sur verre depuis 1849. Selon les témoignages contemporains, il réalise ses premières plaques réussies en 1850 — Morgan Brown rapporte qu’il en fait deux le 29 septembre 1850, jour de la Saint-Michel, à l’asile de Wandsworth en compagnie du Dr Hugh Diamond, son ami médecin et photographe. Mais Archer attend d’avoir des résultats parfaitement reproductibles avant de publier.

En mars 1851, il livre dans la revue The Chemist un article complet, étape par étape, donnant toutes les proportions, toutes les manipulations, tous les avertissements pratiques. La différence avec la mention de Le Gray est nette : Archer ne pressent pas, il publie un mode opératoire utilisable. L’année suivante, en 1852, il complète par un manuel de référence, A Manual of the Collodion Photographic Process. Comme Le Gray, il choisit délibérément de ne pas breveter — une position rare et éthique pour l’époque. Le Liverpool Photographic Journal écrira en 1856 que la « générosité » d’Archer était d’autant plus remarquable que « la découverte aurait pu valoir une fortune ».

Le procès Talbot et le don au monde

L’enthousiasme pour le procédé est immédiat. Mais en 1852, William Henry Fox Talbot — l’inventeur du calotype — intente un procès à Archer, prétendant que le collodion humide est une simple variante de son propre procédé breveté. Le tribunal britannique rejette la plainte : le collodion humide est jugé suffisamment distinct pour être de plein droit dans le domaine public. Cette décision libère définitivement le procédé pour la communauté photographique mondiale.

La querelle franco-anglaise

La querelle de paternité éclate dès 1851, et elle prend immédiatement une coloration nationale. Joseph Maria Eder (1855-1944), historien autrichien de la photographie et auteur de l’History of Photography qui reste une référence, en consigne les tournants principaux. Le plus marquant côté français est probablement la prise de position d’Alphonse de Brébisson, botaniste et photographe normand, qui dans la revue La Lumière du 10 juillet 1851 prend ouvertement parti pour Archer contre son compatriote Le Gray — geste perçu à l’époque comme une « trahison » par la presse photographique française.

La position consensuelle qui s’est dégagée depuis, et que la Bibliothèque nationale de France assume aujourd’hui par la voix de sa conservatrice Sylvie Aubenas, est différente — plus juste sans doute, plus apaisée certainement. Elle considère le couple Le Gray-Archer comme un cas exemplaire de ce que l’historiographie technique appelle la « concomitance inévitable des inventions » : ce phénomène où un même problème, mûr dans plusieurs laboratoires en même temps, trouve sa solution chez plusieurs inventeurs simultanément, sans qu’aucun d’eux n’ait copié l’autre. Niépce et Daguerre l’avaient connu ; Charles Cros et Louis Ducos du Hauron le connaîtront pour la photographie en couleurs ; Le Gray et Archer l’incarnent pour le collodion humide.

Faut-il ajouter les deux hommes à la liste des victimes de la concomitance inévitable des inventions, à ces couples maudits que forment Niépce et Daguerre ou Charles Cros et Louis Ducos du Hauron ? Retenons seulement que Le Gray s’est trouvé mêlé de très près à l’une des inventions majeures de l’histoire de la photographie.

La répartition des mérites, telle qu’elle est aujourd’hui généralement admise, peut se résumer ainsi : Le Gray a publié le premier (juin 1850), il a eu l’intuition juste, mais il n’a pas mesuré la portée de sa découverte et l’a abandonnée pour d’autres recherches. Archer a publié huit mois plus tard (mars 1851), mais il a livré le procédé complet, reproductible, perfectionné — c’est sa version qui s’est imposée et qui a transformé la photographie. Les deux ont contribué ; aucun des deux n’a tout fait seul.

L’âge d’or (1851-1880)

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Image historique — Une scène de guerre civile américaine (1861-1865) photographiée par Mathew Brady ou Alexander Gardner, ou une vue de la mission héliographique française de 1851. À sourcer dans Library of Congress (Civil War) ou BnF Gallica (mission héliographique). Légende avec contexte historique.

Statut : À SOURCER

L’adoption du procédé est rapide. Dès 1855, le collodion humide a supplanté le calotype dans l’usage commercial professionnel. Vers 1860, le daguerréotype a pratiquement disparu. De 1855 environ jusqu’aux premières années 1880, le collodion humide est le procédé dominant de la photographie mondiale — pratiquement chaque image fixée pendant trois décennies l’est par cette technique.

Une floraison de variantes

Le procédé donne naissance à plusieurs sous-procédés rapidement adoptés : l’ambrotype (positif direct sur verre à fond noirci, breveté en 1854 par James Ambrose Cutting), le ferrotype (positif sur plaque de métal verni noir, mis au point dès 1853 par le Français Adolphe-Alexandre Martin, et popularisé aux États-Unis sous le nom de tintype), et le négatif sur verre, destiné au tirage par contact sur papier salé ou albuminé — l’usage industriel qui a fait de la photographie un média de masse.

La photographie sort de l’atelier

Le collodion humide, malgré la contrainte de devoir préparer chaque plaque sur place et de la développer dans la minute qui suit, ouvre la photographie à des champs nouveaux. La photographie de guerre naît avec lui : Roger Fenton documente la guerre de Crimée en 1855, Mathew Brady et son équipe (dont Alexander Gardner et Timothy O’Sullivan) couvrent la guerre de Sécession américaine de 1861 à 1865, transportant des laboratoires roulants jusque sur les champs de bataille. La photographie de voyage et de monuments se développe également, tout comme la chronophotographie d’Eadweard Muybridge à la fin des années 1870.

Les fins tragiques des inventeurs

Les deux hommes qui ont offert ce procédé au monde n’en ont, eux, presque rien tiré.

Archer, mort en pauvreté en 1857

Frederick Scott Archer meurt à Londres le 1er mai 1857, à l’âge de 44 ans, dans un état de pauvreté quasi totale. Sa santé fragile depuis des années — un témoignage le décrit, dès 1851, comme « un homme mince, au visage pâle, à la pensée trop grave » — a fini par céder. Il est inhumé au cimetière de Kensal Green, à Londres. Sa veuve, Fanny G. Archer, meurt elle-même quelques mois plus tard, laissant trois enfants orphelins.

Le gouvernement britannique accorde à la famille une pension de cinquante livres par an, « en considération des découvertes scientifiques de leur père ». Les membres de la Photographic Society de Londres organisent une collecte qui réunit 767 livres, en reconnaissance, écrivent-ils, du fait qu’Archer fut « le véritable architecte de toutes ces fortunes princières acquises grâce à ses idées et inventions ». La somme arrive trop tard pour Archer ; elle profite à ses orphelins.

Le Gray, la faillite et l’exil

Gustave Le Gray a connu, lui, une trajectoire spectaculaire en sens inverse. Au sommet de sa notoriété en 1859 (photographe officiel du Second Empire, salons fastueux à Paris, premier photographe d’un chef d’État français), il est ruiné en 1860 par la mauvaise gestion de son atelier et la concurrence accrue du portrait carte-de-visite à bas prix. Son studio est saisi. Pour échapper à ses créanciers, il quitte la France en compagnie d’Alexandre Dumas et finit par s’établir au Caire, où il enseigne le dessin à l’École militaire et continue à photographier modestement. Il meurt au Caire le 29 juillet 1884, oublié de la communauté photographique française, à l’âge de 63 ans. Sa redécouverte critique ne commencera que dans les dernières décennies du XXe siècle.

Aucun des deux n’a vécu pour voir ce qu’il aurait pu être : le bénéficiaire commercial d’un procédé qui, pendant trente ans, allait nourrir des dizaines de milliers de studios et faire la fortune de centaines d’industriels. Cette générosité, ou cette imprudence, fait partie de l’identité même du collodion humide — un procédé qui n’a jamais été propriétaire.

Le déclin (années 1880)

La fin du règne du collodion humide est, comme son émergence, le résultat d’une autre invention chimique. En 1871, le médecin britannique Richard Leach Maddox publie dans le British Journal of Photography un article décrivant un procédé alternatif : la plaque sèche au gélatino-bromure d’argent, où l’émulsion sensible est portée par une couche de gélatine, et reste utilisable sèche pendant des semaines après préparation.

Pendant quelques années, l’invention reste expérimentale. Mais à partir de 1879-1880, plusieurs fabricants industriels commencent à commercialiser des plaques sèches prêtes à l’emploi. Le saut commercial est immédiat : alors que le photographe au collodion humide doit préparer chaque plaque sur place dans la minute précédant la prise de vue, le photographe à la plaque sèche achète des boîtes de plaques toutes faites, les expose à son rythme, et les fait développer plusieurs jours, voire plusieurs semaines plus tard. La photographie sort enfin de l’atelier et de l’expertise chimique pour devenir un loisir potentiellement amateur.

La concurrence est sans appel. En moins de cinq ans, le collodion humide disparaît de l’usage commercial professionnel pour être supplanté par les plaques sèches industrielles. Il survit à la marge dans certaines applications spécialisées (lithographie photographique, photogravure, plaques de projection) jusqu’au début du XXe siècle, puis disparaît totalement.

La renaissance contemporaine

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Photo : matériel contemporain mêlé à du matériel historique — Composition associant un manuel ancien (The Silver Sunbeam de Towler 1864 ou un traité de Le Gray) et une plaque récente au collodion. Évoque la continuité historique. À shooter en propre.

Statut : À PRODUIRE

Pendant un siècle, le collodion humide n’est plus pratiqué que par une poignée d’historiens et de muséographes spécialisés, principalement pour la conservation et l’étude des plaques anciennes. Sa renaissance comme pratique vivante commence à la fin des années 1980, aux États-Unis, dans le sillage du mouvement plus large des procédés alternatifs (cyanotype, platine-palladium, gomme bichromatée).

La George Eastman House — l’International Museum of Photography, à Rochester dans l’État de New York — joue un rôle pivot. Le conservateur Mark Osterman et sa femme France Scully Osterman entreprennent à partir des années 1990 une reconstitution rigoureuse des protocoles historiques, publient des manuels (le Basic Wet Collodion Manual et ses suites), forment une nouvelle génération de praticiens. En septembre 2001, la George Eastman House et The Collodion Journal organisent une conférence et une exposition pour le 150e anniversaire de la publication d’Archer dans The Chemist. Le procédé, à partir de là, retrouve une visibilité institutionnelle.

En France, la redécouverte est un peu plus tardive, mais s’inscrit dans la même dynamique. Les procédés alternatifs entrent progressivement dans les programmes de formations professionnelles, dans les festivals de photographie (Rencontres d’Arles, Photaumnales, Voies Off), dans les galeries spécialisées. Une nouvelle génération de praticiens d’auteur s’approprie le collodion humide comme l’un des langages photographiques contemporains, au même titre que le tirage argentique-gélatine ou que la photographie numérique.

Le Bicentenaire de la Photographie 2026-2027 — 175 ans, donc, de la publication d’Archer, et 200 ans environ depuis les premières expériences de Niépce — vient amplifier cette renaissance dans une célébration culturelle nationale. La page consacrée au Bicentenaire en détaille le programme.

Pour conclure

Le collodion humide a 175 ans en 2026. Il a été inventé par deux hommes qui n’en ont pas profité, perfectionné par des générations qui n’en ont pas fait fortune, abandonné par l’industrie qui lui a préféré la commodité de la plaque sèche, oublié pendant un siècle, redécouvert par quelques passionnés à la fin du XXe siècle. Aujourd’hui, il est pratiqué dans le monde entier par quelques centaines de photographes d’auteur — assez pour qu’il survive, assez peu pour qu’il garde sa singularité.

Pour comprendre ce qui constitue cette singularité technique, la page consacrée au procédé étape par étape en détaille les neuf temps. Pour comprendre ce qu’elle produit visuellement, la page sur l’esthétique du collodion en explore le rendu. Pour comprendre comment l’apprendre, la page sur les formations en France en panorame les formats.

Foire aux questions

Qui a vraiment inventé le collodion humide : Le Gray ou Archer ?

Les deux, à des degrés différents. Gustave Le Gray a publié le premier la possibilité d’utiliser le collodion comme support de l’émulsion sur verre, dans son Traité pratique de photographie sur papier et sur verre du 1er juin 1850, en appendice. Mais sa mention reste brève, il n’a pas perfectionné le procédé, et il l’a abandonné pour d’autres recherches. Frederick Scott Archer a publié huit mois plus tard, en mars 1851 dans The Chemist, le procédé complet et reproductible qui s’est imposé. La position consensuelle aujourd’hui, assumée par la Bibliothèque nationale de France, parle d’une « concomitance inévitable des inventions » plutôt que d’une paternité unique. Les deux ont contribué.

Pourquoi Archer et Le Gray n’ont-ils pas breveté leur découverte ?

Pour des raisons partiellement différentes. Archer, par conviction éthique : il considérait que la connaissance scientifique devait être un bien commun, et il a explicitement présenté son procédé comme un don au monde, refusant les conseils de ses amis qui l’incitaient à breveter. Le Gray, plutôt par calcul stratégique malavisé : convaincu que le verre était une « fausse route » et que l’avenir de la photographie était dans le papier, il n’a pas mesuré la valeur commerciale potentielle de son intuition. Tous deux sont morts dans la pauvreté ou la faillite — Archer en 1857 à 44 ans, Le Gray en exil au Caire en 1884.

Quelle est la différence entre le collodion humide et la plaque sèche ?

La différence est immense en termes d’usage. Le collodion humide doit être préparé sur la plaque immédiatement avant la prise de vue, et la plaque doit être développée dans les quinze à trente minutes qui suivent — sinon le collodion sèche et le procédé échoue. Cela impose au photographe d’avoir un laboratoire portatif partout où il photographie. La plaque sèche au gélatino-bromure (inventée par Maddox en 1871, industrialisée à partir de 1879-1880) peut être préparée à l’avance, conservée plusieurs semaines, exposée puis développée à distance dans le temps. C’est cette commodité qui a fait disparaître le collodion humide en quelques années à partir de 1880.

Le collodion humide a-t-il été utilisé pour photographier la guerre de Sécession ?

Oui, massivement. La quasi-totalité des photographies de la guerre de Sécession américaine (1861-1865) ont été réalisées au collodion humide. Les studios de Mathew Brady (qui supervisait une équipe d’opérateurs dont Alexander Gardner et Timothy O’Sullivan) ont produit plus de dix mille plaques au collodion documentant champs de bataille, portraits de soldats, scènes de camps. Ces archives, conservées principalement à la Library of Congress et aux National Archives, fondent la tradition occidentale du photoreportage de guerre. Auparavant, Roger Fenton avait utilisé le procédé en Crimée en 1855, dans l’un des premiers exemples de couverture photographique d’un conflit moderne.

Quand le collodion humide a-t-il été pratiqué pour la dernière fois au XIXe siècle ?

De manière commerciale courante : jusqu’à la fin des années 1880 environ, avant d’être complètement supplanté par la plaque sèche industrielle. De manière marginale, dans certaines applications spécialisées (lithographie photographique, photogravure, plaques de lanterne magique), il survit jusque dans les années 1920-1930 selon les régions et les usages. Une éclipse complète d’environ un demi-siècle s’installe ensuite, jusqu’à la renaissance contemporaine amorcée à la fin des années 1980.

Quels manuels historiques restent des références aujourd’hui ?

Trois ouvrages historiques restent des sources de référence pour les praticiens contemporains : A Manual of the Collodion Photographic Process de Frederick Scott Archer (1852), bref mais fondateur ; Photographie : traité nouveau, théorique et pratique de Gustave Le Gray (1854), synthèse de ses traités antérieurs ; et The Silver Sunbeam de John Towler (États-Unis, 1864), particulièrement riche sur les défauts et les remèdes. Tous trois sont disponibles en accès libre sur Internet Archive.