[Illustration n°13.01]
Photo héro — Gros plan de tirage albuminé d’époque XIXe siècle, lumière rasante révélant la surface satinée et la tonalité brun chaud caractéristique. Idéalement un portrait carte de visite ou un paysage.
Statut : À SOURCER / corpus MJF
Le négatif sur verre au collodion humide n’est, par définition, qu’une étape intermédiaire. Sa destination naturelle, c’est le tirage sur papier, obtenu par contact direct entre le négatif et un papier sensibilisé exposé à la lumière. Au XIXe siècle, trois procédés ont dominé successivement cette étape finale : le papier salé (1839-1860 environ), le papier albuminé (1850-1890), et les papiers POP au gélatino-chlorure (1885-1920). Ces trois procédés ont en commun de produire l’image directement à la lumière, sans développement chimique — c’est ce qu’on appelle des procédés à noircissement direct ou « POP » (printing-out paper).
Cette page présente ces trois procédés dans leur contexte historique, leurs caractéristiques visuelles distinctes, et les conditions de leur pratique contemporaine — qui n’est pas qu’une affaire de musée : on tire encore aujourd’hui sur albuminé et papier salé, en France comme à l’étranger.
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Le tirage par contact, héritage du XIXe siècle
Avant tout, un point technique fondamental : au XIXe siècle, l’agrandissement n’existe pas en pratique professionnelle. Les premiers agrandisseurs apparaissent timidement dans les années 1860-1870, mais restent rares, complexes, et de qualité médiocre. Le tirage standard est donc par contact : le négatif sur verre est posé directement sur le papier sensibilisé, l’ensemble est pressé entre une plaque de verre et un fond rigide dans un châssis de tirage par contact, et exposé à la lumière du soleil ou à une lampe UV.
Conséquence directe : le format final du tirage est exactement celui du négatif. Pour produire un grand tirage, il faut un grand négatif. C’est cette logique qui explique l’existence des chambres mammoth (45×56 cm) et des plaques géantes (160×100 cm chez Holtermann en 1875). C’est aussi ce qui rend le procédé wet plate accessible à la pratique contemporaine : un tirage par contact 8×10 inches (20×25 cm) à partir d’un négatif au collodion ne demande pas de chambre noire avec agrandisseur, juste un cadre de tirage par contact, du papier sensibilisé, et de la lumière.
[Illustration n°13.02]
Photo : tirage par contact en cours — Cadre de tirage par contact en bois, vu du dessus, négatif sur verre posé sur papier sensibilisé, exposition à la lumière du soleil ou sous lampe UV. Évoque la simplicité fascinante du procédé.
Statut : À PRODUIRE
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Le papier salé (1841-1860)
Le papier salé est le premier procédé de tirage photographique sur papier de l’histoire. Il est inventé par William Henry Fox Talbot en 1839, en parallèle de son procédé négatif sur papier (le calotype, breveté en 1841). Le principe est d’une simplicité élégante : du papier de qualité (chiffon, sans azurant) est imprégné d’une solution de chlorure de sodium (sel de table), séché, puis sensibilisé juste avant l’usage par badigeonnage d’une solution de nitrate d’argent. Au contact des deux solutions, du chlorure d’argent (AgCl) précipite dans les fibres du papier — c’est le composé photosensible qui noircira à la lumière.
Caractéristiques visuelles
- Tonalité brun-violacé caractéristique, virant au noir profond après virage à l’or.
- Surface mate, absence totale de brillance — le papier reste papier, le pigment d’argent est imprégné dans la masse fibreuse.
- Image douce, sans contrastes excessifs, avec une plage tonale assez courte mais d’une grande subtilité dans les valeurs intermédiaires.
- Très bonne conservation à long terme si le tirage est correctement viré et fixé : on connaît des papiers salés de 1845 toujours stables aujourd’hui.
Étapes du procédé
- Imprégnation du papier dans une solution de chlorure de sodium (1-3 % NaCl en eau distillée) puis séchage.
- Sensibilisation par badigeonnage d’une solution de nitrate d’argent à 12-15 %, en lumière inactinique.
- Exposition à la lumière du soleil ou UV à travers le négatif, dans un cadre de tirage par contact, jusqu’à plein noircissement (typiquement 5 à 30 minutes selon ensoleillement).
- Lavage à l’eau pour éliminer l’argent non insolé.
- Virage à l’or (chlorure d’or) pour rehausser la tonalité, foncer les noirs, et améliorer la conservation.
- Fixation au thiosulfate de sodium, lavage final.
Renaissance contemporaine
Le papier salé connaît un retour significatif depuis les années 1990. Pour la pratique aujourd’hui, le papier Bergger COT 320 (papier d’art photographique 100 % coton fabriqué en France) ou ses équivalents (Hahnemühle Platinum Rag, Arches Platine) sont les références. La chimie est entièrement disponible chez Disactis Photochimie (chlorure de sodium, nitrate d’argent, chlorure d’or) en France, ou chez Bostick & Sullivan aux États-Unis qui propose un kit complet « Salt Print ».
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Le papier albuminé (1850-1890)
Le papier albuminé est le procédé qui a structuré la photographie commerciale et amateur du second XIXe siècle. Il est inventé par Louis-Désiré Blanquart-Évrard, photographe et imprimeur lillois, qui le présente à l’Académie des sciences en mai 1850. Le principe : on remplace l’imprégnation aqueuse simple du papier salé par un enduit de blanc d’œuf battu (l’albumine) additionné de chlorure de sodium. Cette couche d’albumine, une fois sèche, forme une surface lisse et brillante qui retient les sels d’argent à la surface du papier — d’où une image plus dense, plus contrastée, et brillante.
Caractéristiques visuelles
- Surface satinée à brillante, très différente du salé mat. C’est la signature visuelle de la photographie commerciale du XIXe siècle.
- Tonalité brun chaud (brun jaunâtre à brun violet) selon la formule, le virage à l’or, et l’âge du tirage. Les albuminés anciens ont souvent jauni dans les hautes lumières.
- Très grande plage tonale : noirs profonds, blancs lumineux, demi-tons riches. Standard de qualité pour le portrait fin de l’époque.
Industrie et marché
Au plus fort de la production, dans les années 1860-1880, l’industrie du papier albuminé consommait plusieurs millions d’œufs par an en Europe. Les fabriques étaient concentrées en Allemagne (Dresde notamment), où des ouvrières spécialisées battaient les blancs d’œuf à la main. Le format de prédilection était la carte de visite (6×9 cm, montée sur carton) popularisée par André-Adolphe-Eugène Disdéri à Paris à partir de 1854. Son studio produisait jusqu’à 2 400 cartes par jour à son apogée, sur albuminé, à partir de négatifs sur verre au collodion humide.
Le papier albuminé en chiffres
Pendant les quarante années de son règne (1850-1890), le papier albuminé a été le support quasi-exclusif de la photographie commerciale mondiale. À la fin du XIXe siècle, le passage industriel au gélatino-bromure (papier moderne, développé chimiquement) marque la fin de cette ère. Aujourd’hui, l’albumine pure n’est plus produite à l’échelle industrielle. Pour la pratiquer, il faut soit fabriquer son propre papier (recette : 7 blancs d’œufs battus, 30 g de chlorure d’ammonium, repos 7 jours, application au pinceau), soit acheter du papier pré-enduit auprès d’un fournisseur spécialisé.
Pratique contemporaine
La fabrication artisanale de papier albuminé reste accessible à qui veut s’y atteler, et elle est enseignée dans certaines formations de procédés alternatifs. Quelques fournisseurs proposent aussi du papier pré-enduit prêt à sensibiliser : Bostick & Sullivan (États-Unis) en propose ponctuellement, et certains praticiens européens le fabriquent à la demande. Pour l’essai, fabriquer son propre papier reste la voie la plus formatrice — on apprend en battant ses œufs.
[Illustration n°13.03]
Photo : carte de visite albuminée du XIXe siècle — Plan rapproché d’une carte de visite portrait, avec son dos imprimé (cartouche commercial du studio). Évoque la dimension industrielle et l’aspect documentaire historique.
Statut : À SOURCER
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Les papiers POP au gélatino-chlorure (1885-1920)
Le passage entre le règne de l’albuminé et celui du gélatino-bromure moderne s’est fait par une étape intermédiaire : le papier au gélatino-chlorure d’argent à noircissement direct, couramment désigné par l’acronyme anglais POP (printing-out paper). Apparu vers 1885 et industrialisé jusque dans les années 1920-1930, il a permis de produire des tirages au noircissement direct (comme l’albuminé) mais sur une émulsion de gélatine plus stable et plus facile à fabriquer industriellement.
Caractéristiques
- Émulsion de gélatine + chlorure d’argent appliquée sur papier baryté.
- Image qui apparaît directement à la lumière, sans développement chimique — comme l’albuminé.
- Tonalité brun-rouge à brun-noir intense après virage à l’or, parfois virage au platine pour des tons plus froids.
- Surface brillante (papier baryté) ou semi-mate selon les variantes.
- Bonne stabilité de conservation, supérieure à l’albuminé d’époque.
Disponibilité aujourd’hui
Plusieurs fabricants proposent encore aujourd’hui des papiers POP modernes : Chicago Albumen Works (États-Unis) avec le « Centennial POP » à base d’albumine moderne et chlorure d’argent, et quelques productions artisanales européennes. Pour les conservateurs et restaurateurs, le POP reste une option de référence pour réimprimer à partir de négatifs anciens dans une esthétique fidèle à l’époque.
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La pratique contemporaine de ces tirages
Pourquoi pratiquer ces procédés aujourd’hui, alors que les agrandisseurs et les imprimantes pigmentaires offrent infiniment plus de souplesse ? Trois raisons principales :
- La cohérence de la chaîne historique : si l’on photographie au collodion humide, le tirage final sur albuminé ou papier salé ferme la chaîne dans son écosystème historique cohérent. C’est un choix d’auteur fort, qui inscrit toute la production dans la matérialité du XIXe siècle.
- La qualité plastique unique : les tonalités brun-violacé du salé, brun chaud satiné de l’albuminé, ou brun-noir intense du POP, ne sont reproductibles par aucun moyen contemporain. Surface, texture, profondeur — chaque procédé a sa signature.
- La valeur de marché et de collection : un tirage albuminé contemporain, signé, numéroté, exécuté avec rigueur, a une valeur supérieure à un tirage pigmentaire moderne — pour les mêmes raisons qu’un dessin original a une valeur supérieure à une reproduction numérique.
Équipement minimal
- Châssis de tirage par contact en bois (à dos articulé pour vérifier l’avancement de l’image sans la sortir totalement). Disponibles chez John Brewer (UK), Stenopeika (Italie), ou faits maison.
- Source UV : soleil direct (gratuit, mais variable), ou lampe UV de procédé (BL ou BLB, 36-40 W minimum) pour pratique régulière en intérieur.
- Pinceaux d’application : Hake japonais (poils de chèvre, sans virole métallique qui réagirait au nitrate d’argent) ou pinceaux Saint-Pétersbourg.
- Récipients de virage et fixage : cuvettes plastiques inertes, mêmes que pour le wet plate.
- Papier : Bergger COT 320 (référence française), Hahnemühle Platinum Rag, Arches Platine, Strathmore.
- Chimie de virage : chlorure d’or (le plus précieux), thiosulfate de sodium, parfois platine ou palladium pour les variations.
Investissement initial
Pour démarrer en papier salé ou en albuminé, l’investissement matériel est modeste : un cadre de tirage par contact 8×10 (60-150 €), une lampe UV de procédé (100-300 €), une réserve de papier et de chimie pour 30-50 tirages (200-400 €). Soit un budget de 400-850 € pour un kit complet de démarrage. Le coût récurrent par tirage : 5-15 € en fonction du papier choisi, du virage, et du format.
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Apprendre ces procédés
Au Studio Ambrotype & Co., l’apprentissage des tirages d’époque s’inscrit dans la chaîne complète du collodion : du négatif sur verre au tirage albuminé ou salé final. Pour qui pratique le collodion et veut fermer la chaîne historique, le Stage Collodion Humide (6 jours / 48 h, à Belleville) constitue le socle technique — maîtrise du négatif, puis ouverture vers le tirage par contact.
Pour qui souhaite explorer un procédé de tirage spécifique en autodidaxie ou en stage court, plusieurs ressources existent. Voir la page apprendre pour les voies pédagogiques disponibles, et la page photographie alternative pour la dimension contemporaine de ces procédés au sein d’une démarche d’art actuel.
Fermer la chaîne historique
Le Stage Collodion Humide — 6 jours / 48 h à Belleville, Paris 20e. Du négatif sur verre au tirage par contact, accompagné. Éligible AFDAS / OPCO.
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Pour conclure
Le papier salé, le papier albuminé et les papiers POP constituent l’écosystème de tirage du XIXe siècle. Loin d’être muséaux, ils restent praticables aujourd’hui avec un investissement matériel raisonnable et des fournisseurs identifiables (Disactis en France, Bostick & Sullivan aux États-Unis, papiers Bergger en France). Pour le praticien du collodion humide, ces procédés ferment la chaîne historique dans une cohérence rare ; pour le collectionneur, ils représentent l’esthétique authentique du XIXe siècle ; pour le marché de l’art, des œuvres uniques à la valeur durable.
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Foire aux questions
Quelle est la différence visuelle entre papier salé et papier albuminé ?
Le papier salé est mat, sans relief, avec une tonalité brun-violacée (parfois lavande après virage à l’or). Sa surface absorbe la lumière, ce qui donne une image douce et fragile, presque dessinée. Le papier albuminé est satiné à brillant, avec une tonalité brun chaud, et présente un relief minime sur les noirs (la couche d’albumine s’épaissit là où le pigment d’argent est dense). Visuellement, on reconnaît un albuminé à sa surface presque vernie qui réfléchit la lumière, tandis qu’un salé reste « papier ».
Peut-on tirer sur albuminé sans fabriquer son propre papier ?
Oui, mais l’offre commerciale est limitée. Quelques fournisseurs spécialisés (Bostick & Sullivan, certains praticiens européens) proposent ponctuellement du papier pré-enduit. La fabrication maison reste la voie la plus formatrice et la plus économique : 7 blancs d’œufs battus en mousse, 30 g de chlorure d’ammonium dissous, repos minimum 7 jours pour clarification, application au pinceau Hake sur papier de qualité, séchage. Le papier est ensuite sensibilisé juste avant le tirage avec une solution de nitrate d’argent à 12-15 %.
Le virage à l’or est-il indispensable ?
Oui, en pratique. Sans virage, l’image apparaît brun-rouge instable et tend à jaunir et se dégrader rapidement. Le virage à l’or transforme une partie de l’argent métallique en or métallique, qui est chimiquement plus stable et donne aussi des tons plus profonds (brun-violet à noir). Le virage améliore donc à la fois la conservation à long terme et la qualité visuelle. Coût : environ 1-3 € de chlorure d’or par tirage 8×10.
Quelle source de lumière choisir : soleil ou lampe UV ?
Le soleil direct est gratuit, traditionnel, et donne des résultats authentiques. Mais il est variable selon la météo, la saison, l’heure. Pour une pratique régulière, une lampe UV de procédé (tubes BL ou BLB, 36-40 W minimum, ou LED UV de printmaking) est plus pratique : exposition stable, reproductible, indépendante de l’extérieur. Compter 100-300 € pour un caisson UV de format 8×10. Pour démarrer, le soleil suffit largement.
Combien de temps dure un tirage albuminé contemporain ?
Correctement viré à l’or et fixé, un tirage albuminé contemporain peut durer plus de cent ans sans dégradation visible significative. Les tirages albuminés du XIXe siècle, mal virés ou mal fixés à l’époque, ont souvent jauni dans les hautes lumières — défaut historique d’industrie de masse, qu’on évite aujourd’hui en pratique soignée. La conservation dépend aussi du stockage : à l’abri de la lumière directe, dans des passe-partout neutres (pH 7-8), à humidité modérée (40-60 %).
Est-ce qu’on peut tirer un négatif au collodion sur papier moderne ?
Oui, c’est même très courant. Un négatif sur verre au collodion humide peut être tiré en chambre noire moderne sur papier gélatino-bromure (papiers argentiques Ilford, Bergger, Foma) avec un agrandisseur grand format, comme n’importe quel négatif film 4×5 ou 8×10. C’est même la voie la plus rapide pour ceux qui ont un labo argentique conventionnel. La chaîne « tout collodion / albuminé » est un choix d’auteur, pas une obligation technique.